Note de lecture

22Sep11

Refonder l’Université. – Ce blog reprend à la faveur de la rentrée universitaire avec des notes de lectures qui paraissent avec un retard certain. L’ouvrage collectif publié l’an dernier est pourtant de ceux qu’il convient de relire à l’approche de l’échéance électorale de 2012. En développant les arguments de ceux qui se désignent comme « les Refondateurs » (à la suite de leur tribune dans « Le Monde » en mai 2009), le livre pose un diagnostic et nourrit le débat sur la manière d’enrayer « le déclin ». Il ose « onze modestes propositions », qui n’ont guère fait l’unanimité dans le milieu universitaire mais qui ont largement diffusé auprès des think tank, notamment de gauche, comme l’augmentation des frais de scolarité, la réorganisation des disciplines ou la sélection. Quelques mois après, l’ouvrage n’a pas vieilli et continue d’entretenir le débat, ainsi qu’on peu le lire ici ou là sur la toile où dans le livre même à travers le débat entre Marcel Gauchet et le président de Dauphine, Laurent Batsch. Et ne serait-ce que qu’en cela, sa mission n’aura pas été vaine.

Olivier Beaud, Alain Caillé, Pierre Encrenaz, Marcel Gauchet, François Vatin, La Découverte, Paris, 2010.


C’est un sondage qui est un peu passé inaperçu et pourtant… Le Baromètre des services publics en Europe réalisé par BVA-Institut Paul-Delouvrier pour France Info et Les Echos révèle en effet que l’éducation est devenue la première priorité des Français.

L’emploi est donc détrôné (de peu). Le logement arrive en troisième position. L’éducation réalise une percée impressionnante puisqu’elle gagne 20 points depuis l’enquête précédente, ce qui témoigne à tout le moins d’une attente, comme la sécurité ou la fracture sociale avaient pu l’être lors des précédents scrutins.

L’autre leçon de ce sondage c’est l’esprit critique des Français sur l’action des pouvoirs publics. Sur cette même thématique de l’éducation, seuls 24 % des Français estiment qu’ils ont une bonne ou une assez bonne opinion de l’action de leurs gouvernants. Un chiffre en recul de 10 points par rapport à l’an dernier, alors qu’il en gagne 4 au niveau européen… Les Français sont ceux qui jugent globalement le moins bien leur pays au niveau de sa performance des services publics.

Sondage réalisé par internet du 1er au 14 juin 2011, sur un échantillon représentatif de 4.268 personnes dans 5 pays européens : Angleterre, Espagne, Italie, France et Allemagne.

 

 


C’est aujourd’hui à 15 heures que seront annoncés les premiers lauréats des « Idex », les « initiatives d’excellence ». Pour ceux (nombreux) qui auraient du mal à suivre, les « Idex » sont des appels à projets lancés en septembre dernier dans le cadre du grand emprunt (pardon, des « investissements d’avenir ») et doté de plus de sept milliards d’euros. Rien que ça.

Selon les rumeurs (en partie confirmées par le lieu de l’annonce, à Bordeaux), les sites de Strasbourg, de Paris Sciences et Lettres (qui regroupe notamment l’ENS, le Collège de France et Dauphine) et donc de Bordeaux devraient être récompensés.

D’autres lauréats pourraient toutefois les avoir rejoints cet après-midi puisque le comité de pilotage a cette liberté-là, si le jury ne trouve rien à redire à ce qui constitue tout même une remise en cause de ses décisions…

Première conclusion : les initiatives d’excellence étaient censées faire émerger 5 à 10 pôles d’excellence de rang international. Sur les dix-sept candidats de départ, sept ont passé le cap des présélections et le jury international n’en aurait finalement retenu que trois aujourd’hui. L’écrémage est impressionnant.

C’est un carton plein pour Strasbourg et Bordeaux, à qui on a déjà promis des sommes considérables (respectivement 375 et 475 millions d’euros) lors de l’appel à projet précédent, l’Opération campus, en 2008. Cela promet un automne animé et sans doute quelque jalousie dans le milieu, au moment où les recalés et les déçus de l’excellence commencent à donner de la voix.

Jamais sans doute n’était apparu de manière aussi crue le système à deux vitesses qui se met en place dans l’université française et que je décris en détails dans Le Grand Chambardement. D’un côté des pôles sur qui pleuvent des centaines de millions d’euros. De l’autre, un nouveau désert universitaire qui ne touchera rien, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint.

Cette fois, la dotation en capital (qui pourra atteindre jusqu’à 1 milliard d’euros) ne sera (éventuellement…) versée qu’au bout de quatre années probatoires. Durant cette période, les universités lauréates ne percevront que les intérêts de cette somme, et encore qu’en partie, comme le précise de manière assez alambiquée le ministère sur son site.

Dernière conclusion provisoire : Paris est décidément à la traine. Parmi les grands regroupements universitaires, ni « Sorbonne Universités » (Paris 2, 4 et 6), le seul qui était encore en compétition, ni « Sorbonne Paris Cité » (Paris 3, 5, 7 et 13) ni Saclay (qui réussit le prouesse de toucher un milliard malgré son échec !) ni le Campus Condorcet (qui n’a pas même concouru) ne sont retenus !

L’outsider qui est sélectionné – Dauphine – est l’un des derniers à avoir suivi le mouvement de recomposition, et encore n’a-t-il rejoint qu’un ensemble de grandes écoles…

Un deuxième appel sur cette même ligne vient d’être ouvert. Les projets doivent être déposés avant le 20 septembre prochain. Les nouvelles « Initiatives d’excellence » seront sélectionnées début 2012. A quelques mois de la présidentielle.


Et pan sur le bec ! Valérie Pécresse partie au budget, c’est Laurent Wauquiez qui hérite de l’enseignement supérieur et de la recherche. Un démenti à mon précédent post mais une confirmation de celui… du 10 janvier 2010 où j’envisageais déjà l’hypothèse d’une arrivée de cet autre mousquetaire du sarkozysme.

Outre l’ironie de voir celle qui aura tant souffert de Bercy veiller désormais au budget de l’an prochain, quelles leçons tirer de cette nomination ? D’abord que l’université reste un ministère de plein exercice, ce qu’il aura été sous toute la législature – une première. Ensuite qu’un ministre né en 1975 succède à une ministre née en 1967 – une première là-encore.

Surtout, la nomination du chantre de la « droite sociale », auteur du rapport remarqué sur « les conditions de vie étudiante » (largement évoqué dans Le Grand Chambardement) et défenseur acharné de l’apprentissage, marque sans doute un infléchissement de la politique en fin de mandature. Une façon aussi, sans doute, d’anticiper la rentrée universitaire qui s’annonce chaude, tant les sujets de lassitude et de fâcherie s’accumulent.

Lorsque Wauquiez a fondé son club de réflexion, la Droite Sociale, après l’électrochoc des régionales de 2010, les bourses pour les classes moyennes dans l’enseignement supérieur étaient déjà l’une de ses préconisations phares. L’admirateur des Classes moyennes à la dérive de Louis Chauvel, fou de BD et de course à pied, d’histoire et d’Orient, prône en effet « la défense des classes moyennes et des petits » et prépare d’ailleurs un livre sur ce thème.

Le nouveau ministre n’aura pas beaucoup de temps pour imprimer sa marque après le long passage de son prédécesseur. Mais il ne manque pas d’atouts. Son micro-parti se nomme « Nouvel Oxygène ». Une façon peut-être de se donner, comme dirait l’autre, un désir d’avenir…


Sauf surprise de dernière minute, qui n’est jamais à exclure lorsqu’il s’agit de remaniement, Valérie Pécresse devrait embarquer avec François Fillon ce week-end en Asie et ne participerait donc pas à la réunion de l’eurogroupe dimanche, privilège du ou de la remplaçante de Christine Lagarde.

Après la justice qui lui avait échappé de peu il y a quelques mois, ce serait le deuxième revers pour l’actuelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Valérie Pécresse aurait alors tout loisir d’achever sa mission avec la dernière vague de l’autonomie des universités qui doit intervenir d’ici 2012 et la « nouvelle licence » qu’elle appelle de ses vœux.

Elle serait en quelque sorte victime de cette stabilité gouvernementale que prône François Fillon et dont elle a elle-même souligné la force dans le poste qu’elle occupe…

Surtout, elle resterait aux premières loges pour défendre le bilan présidentiel lors de la campagne qui s’annonce, tremplin pour prétendre à un poste régalien en cas de victoire. La dernière conférence de presse de Nicolas Sarkozy a montré s’il en était besoin combien les « investissements d’avenir » seraient au cœur du dispositif.

Si, par un retournement de dernière minute, le scénario était amené à changer, c’est vraisemblablement un centriste – petite pierre dans le jardin de Jean-Louis Borloo – qui la remplacerait alors rue Descartes : les noms de Jean Leonetti et de Marc-Philippe Daubresse sont régulièrement cités, même si les prétendants sont en réalité beaucoup plus nombreux…


L’Ouest, la Normandie, le Nord… Les uns après les autres, les recalés des appels à projets lancés par le gouvernement ces dernières années (Opération Campus et Investissements d’avenir) font entendre la même mauvaise humeur. La nouvelle carte qui est en train d’émerger fait en effet apparaître un nouveau désert universitaire français qui n’a pas fini d’interroger.

Après un colloque en février dernier sur « l’Université et les territoires », l’excellente revue Place publique y consacre d’ailleurs un grand débat jeudi prochain à Nantes, avec un titre qui met les pieds dans le plat : « L’Ouest, demain un désert universitaire ? ».

Le « bloc-notes » de Thierry Guidet rappelle la phrase de Thierry Coulhon, du Commissariat général à l’investissement (et ancien directeur adjoint du cabinet de Valérie Pécresse) : « L’aménagement du territoire n’est pas un critère de sélection du Grand emprunt. » et interroge : « Mais ceci, qui l’a décidé ? Au nom de qui et de quoi ? »

Dans sa thèse de sociologie « Gouverner à distance », Renaud Epstein explique : « Tout se passe donc comme si le recours à la concurrence plutôt qu’à des décisions imposées hiérarchiquement faisait disparaître la revendication d’égalité de traitement des territoires, rabaissée à un égalitarisme dépassé. »

En 2008, Nicolas Sarkozy ne disait pas autre chose : « le but c’est quand même l’émulation, pas le nivellement, pas l’égalitarisme, pas la démission. Plutôt que tout le monde soit en retard, je préfère qu’il y en ait quelques-uns qui soient à l’heure ».


Un taux d’échec de près de 70 % au niveau bac + 3, des grèves à répétition… les maux qui frappent l’université africaine sont à l’image de la massification de l’enseignement supérieur dans ses pays : colossaux. A Dakar, l’université Cheikh Anta Diop a accueilli 25 000 étudiants de l’indépendance, jusqu’au début des années 2000. Depuis dix ans, elle en accueille plus du double.

La Banque mondiale a décidé d’apporter son appui à l’université sénégalaise, avec un crédit de plus de 70 millions d’euros pour « améliorer l’efficacité et la qualité de l’enseignement supérieur » ainsi que l' »obligation de rendre compte ».

Cette somme devrait notamment permettre de réhabiliter les sites de la capitale, de Bambey, de Thiès, de St-Louis et de Ziguinchor. Une étude de faisabilité sera également menée pour envisager la création d’une seconde université à Dakar.

Des Instituts Supérieurs d’Etudes  Professionnelles (ISEP) vont également fleurir, un peu sur le modèle des IUT français. Le premier sera installé à Thiès, à 70 km de Dakar.

La Banque concentrait jusqu’à présent son action sur l’enseignement secondaire comme outil de lutte contre la pauvreté et les inégalités. Elle intervient dans le supérieur pour valoriser les « compétences et connaissances essentielles à la croissance et à la compétitivité », ce qui en dit long sur le poids politique pris par « l’économie de la connaissance ».

Sa nouvelle stratégie pour l’Afrique prévoit un « décollage économique fort similaire à celui vécu par la Chine et l’Inde, il y a respectivement 30 et 20 ans ».


Co-parrainées par le ministère de l’Enseignement supérieur et l’agence de presse AEF, les Rencontres Universités-Entreprises ont un protocole institutionnel presque désuet, qui veut notamment qu’une conclusion des débats revienne à un haut fonctionnaire.

Cette année encore, pourtant, l’essentiel était ailleurs : en quatre éditions, le salon professionnel est devenu une référence en ménageant des plateaux de choix avec de vrais débats et une parole étonnamment libérée, par delà le credo entrepreneurial répété à l’envi.

On a vu ainsi Jean-Louis Missika, l’adjoint du maire de Paris chargé des universités, pester contre l’Opération Campus, la première vague d’appels à projets (5 milliards d’euros annoncés en 2008) avec « sa pseudo dotation en capital » et ses « pseudo intérêts d’emprunt ». Et regretter qu' »on a[it] parfois considéré que les collectivités territoriales ne sont pas des partenaires à part entière ». Un reproche souvent entonné, du reste.

On a entendu Augustin de Romanet, le patron de la Caisse des Dépôts, affirmer à la suite d’Alain Rousset, le très en verve président (PS) de la région Aquitaine, que « les sommes de l’Opération Campus gagneraient à être transférées aux universités » et que « la délégation, ça ne se donne pas et ça ne se reprend pas au gré des humeurs »… Diantre.

Alain Fuchs, le patron du CNRS, a d’abord affirmé qu' »il n’y a jamais eu autant d’argent dans les laboratoires » de recherche, avant d’être bousculé par la salle et de reconnaître qu' »avec l’augmentation de la masse salariale, les soutiens de base avaient effectivement baissé ».

René Ricol, le commissaire général à l’investissement, a admis quant à lui que « le grand emprunt est arrivé au bon moment. Avec la dette, maintenant, ce serait impossible ». Cette perspective du coût financier de l’emprunt pour les générations futures était souvent éludée jusqu’à présent.

Il a surtout donné des précisions sur le processus de décision pour ces « investissements d’avenir », après une série de polémiques sur le manque de transparence : le comité de pilotage a le droit de proposer des choix complémentaires aux décisions du jury. Ce dernier valide ou non. C’est ainsi que 17 laboratoires d’excellence (Labex) ont été repêchés. Une intrusion politique à laquelle le jury scientifique n’a étonnamment rien trouvé à redire…

« L’excellence tire l’excellence » veut croire René Ricol, qui s’apprête à lancer à l’automne une deuxième vague d’appels à projets Labex « et même une troisième si on peut faire des économies ».

Dans le même ordre d’idées, le commissaire a refusé de chiffrer le nombre d’Initiatives d’excellence (Idex) qui récompensent des campus tout entiers et doivent être annoncés très prochainement : dix ? quinze ? Le site internet du gouvernement en comptabilise quant à lui entre cinq et dix

Le débat se voulait en effet prospectif et là encore les petites phrases n’ont pas manqué. René Ricol, encore : « Il ne faut pas me demander de saupoudrer, je ne suis pas un arrosoir. Mais nous ne sommes pas inconscients, on fait un arrêt sur image, on regarde si on a un sujet [l’absence d’un Institut hospitalo-universitaire lié au cancer par exemple…] et on le règle. Mais c’est un peu tôt encore. »

Louis Vogel, président des présidents d’université : « Aujourd’hui, le modèle implicite du laboratoire est celui des sciences dures. il faudra absolument diversifier le schéma. Et ne pas oublier les crédits récurrents… »

Au final, c’est André Syrota, le patron de l’Inserm qui est allé le plus loin, évoquant comme logique des départs de laboratoires d’excellence des « petites » universités vers les grands pôles mondiaux… Aujourd’hui déjà, 85 % de la recherche est concentrée sur une quinzaine de sites…

La régulation, le financement, l’aménagement du territoire et la stratégie nationale de la recherche… Tous les thèmes du débat de 2012 sont posés. Et une chose est d’ores et déjà certaine : le grand chambardement ne fait que commencer.

Post scriptum : Il y en aurait des choses à dire sur la sémiologie de l’image officielle des « Investissements d’avenir » (en haut à droite de ce billet), et sur l’exact miroir que commencent à en être les photos de Carla Bruni-Sarkozy, lors du G8 de Deauville…  Presque étonnant que ce rapprochement n’ait guère été souligné jusqu’ici…


La police a évacué hier soir la place de Bastille où un millier de manifestants s’étaient regroupés. Depuis le 19 mai, tous les soirs, plusieurs centaines de jeunes se regroupent dans un mouvement similaire aux « indignés » de la Puerta del sol, à Madrid ou de la place de Syndagma à Athènes.

Hier, à Paris, ils étaient plus d’un millier à protester contre la précarité et la corruption. Dans toute la France, d’Aix à Lyon et de Lannion à Bayonne, le mouvement fleurit, en écho au best-seller de Stéphane Hessel, Indignez-vous ! et aux soulèvements dans le monde arabe.

Hier sur Canal +, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, ne croyait pas à une contagion européenne. « Il y a des enseignements à tirer de ce mouvement », a-t-il toutefois précisé. « D’abord le sentiment d’injustice devant la cupidité sans limites des plus riches […] et puis la précarité grandissante des plus pauvres. C’est une interrogation sur le fonctionnement de la démocratie elle-même. » Avant de conclure par une véritable bombe : « Aujourd’hui, la démocratie représentative – on élit quelqu’un et on lui donne carte blanche pendant cinq ans – ça ne marche plus. »

Quoi qu’il en soit, le souffle de la contestation gonfle et une nouvelle manifestation d’envergure est prévue dimanche prochain dans toute l’Europe.

 


Ses apparitions publiques sont rarissimes et quand il sort du silence auquel il s’est astreint, sa parole n’en a que plus de portée. Ce soir, Lionel Jospin était l’invité d’honneur de l’université d’Évry et le thème de l’enseignement supérieur lui a inspiré une bref retour sur le passé.

Comme l’ancien ministre de l’éducation nationale a été l’un des promoteurs de cette université francilienne, il y a tout juste vingt ans, il s’est volontairement contenté de « repréciser les conditions de cette création ». Rien de plus. Les journalistes qui ont essayé de le lancer sur le terrain politique de 2011 en auront été pour leurs frais. Mais cette petite leçon d’histoire, à mots soupesés et à fleurets mouchetés, avait quand même des accents très actuels.

Son conseiller spécial de l’époque, Claude Allègre, partageait la tribune avec lui. « Une première depuis dix ans » selon le scientifique, visiblement ému et dont l’ancien patron a souligné « le rôle essentiel » à l’époque.

« En 1988, le président Mitterrand avait été réélu sur l’engagement que l’éducation et le recherche seraient la première priorité du second septennat ». A l’époque, l’université française faisait face à une intense poussée démographique, qu’elle était incapable d’affronter : « le parc immobilier ne représentait que 10 millions de mètres carrés pour plus d’un million d’usagers. Le pilotage était fait en aveugle et chaque printemps et chaque automne faisaient craindre la mobilisation des étudiants ».

Et Lionel Jospin d’enfoncer le clou : « notre démarche était pragmatique et volontariste. On a laissé de côté le débat sur le statut des universités (qu’on s’est contenté d’adapter) et la dualité entre filières sélectives et filières non sélectives, qui est trop inscrite dans la culture française ». Surtout, « on a associé le maximum de personnes à la réflexion, parce qu’à l’époque, on était respectueux de la haute fonction publique ».

Le schéma national est présenté en février 1991. Il renforce notamment les écoles d’ingénieurs et les IUT pour multiplier les voies de professionnalisation.

Contre l’avis de Pierre Joxe, qui souhaitait transférer la responsabilité des universités aux régions, Lionel Jospin obtient que l’État reste maître du jeu et noue des alliances avec les collectivités territoriales. Son ministère injecte 2,4 milliards d’euros. Le budget de l’Éducation dépasse alors celui de la Défense.

Les rénovations vont bon train partout en France… sauf à Paris. « Nous n’avons pas été aidé par le maire de Paris de l’époque », résume laconique l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, sans même citer son nom.

Deux options s’opposent : renforcer les pôles existant autour de Paris (Le Havre, Le Mans, Orléans, Amiens…) ou bien créer de nouvelles universités dans les villes nouvelles de l’Ile de France. C’est cette seconde qui sera privilégiée. Les universités d’Évry, de Cergy, de Marne-la-Vallée et de Saint-Quentin-en-Yvelines voient donc le jour.

« Accueillir le nombre et garantir la qualité » : l’ancien ministre de l’éducation résume ainsi son credo dans une décennie qui a permis de démocratiser l’université. A Évry, vingt ans après, le bilan est plus que rempli. Du reste, il y a bien longtemps que le clivage gauche-droite n’opère plus sur le sujet : l’actuelle titulaire du poste qui l’avait eu au téléphone la veille mais qui ne l’a pas croisé à la tribune, avait cru bon quelques minutes plus tôt de « rendre hommage à la vision de Lionel Jospin »…