Université : les candidats des primaires citoyennes au banc d’essai

27Sep11

EXCLUSIF. – De leur rapport à l’université, on ne sait pas forcément grand chose. Les sites sur les candidats aux primaires citoyennes donnent bien quelques clés : on y apprend par exemple que François Hollande a découvert à l’Institut d’études politiques de Paris la passion du syndicalisme étudiant. Que pendant ses études d’histoire à Paris 1 (qu’Arnaud Montebourg a également fréquenté en droit), Manuel Valls a adhéré à l’UNEF-ID et conseillé Michel Rocard pour les affaires étudiantes. Que Jean-Michel Baylet est devenu journaliste en 1971 après des études de droit lui aussi. Que quatorze présidents et anciens présidents d’université avaient apporté leur soutien à la candidature de Ségolène Royal en 2007. Que Martine Aubry s’est engagée pour la jeunesse avec sa Fondation agir contre l’ exclusion, dans les années 1990…

Dans les staffs de campagne, les équipes chargées de la question universitaire sont souvent pléthoriques, preuve s’il en était besoin que l’éducation au sens large sera sans doute aussi déterminante en 2012 que la fracture sociale en 2002 ou l’insécurité en 2007.

Mais quelle est l’opinion des candidats sur la réforme sans doute la plus importante du quinquennat Sarkozy ? Comment se situent-ils face aux propositions plutôt consensuelles du projet socialiste sur l’université alors que certains think tank de gauche  comme Terra Nova multiplient les propositions iconoclastes et qu’à la gauche de la gauche, les positions sont parfois très tranchées ? De cela on n’avait jusqu’ici que peu d’éléments.

Ces derniers jours,les six candidats ont reçu un court questionnaire. Les questions étaient à la fois simples et précises :

  1. Comptez-vous conserver ou remettre en cause la loi LRU sur l’autonomie des universités ? Quel bilan en faites-vous ? Le cas échéant, sur quels points l’aménageriez-vous ?
  2. Faut-il poursuivre, et sous quelles formes, les regroupements universitaires au sein des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur ?
  3. Quels moyens financiers supplémentaires mobiliseriez-vous pour l’université ? Comment les financeriez-vous et comptez-vous poursuivre la politique d’emprunt en faveur de l’enseignement supérieur (les « investissements d’avenir ») ?
  4. Comptez-vous remettre en question la réforme de la formation des enseignants du secondaire ?
  5. Estimez-vous nécessaire, comme le Front de gauche, de mettre un terme aux activités de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) ?
  6. Que pensez-vous de la proposition de Terra Nova de relever les frais d’inscription des étudiants pour financer l’université ? Quelles mesures également préconisées par Terra Nova (allocation d’autonomie de 500 euros par mois pour tous les étudiants, suppression des cours en amphi, réduction de moitié des places dans les grandes écoles, sélection des étudiants à l’entrée en master…) reprendriez-vous à votre compte ?
  7. Comment comptez-vous développer le logement étudiant ? Quels moyens supplémentaires mettriez-vous en œuvre ?

et une question complémentaire : si vous êtes élu(e) en 2012 président(e) de la République, quelle serait votre première décision concernant l’enseignement supérieur ?

A la veille de leur deuxième confrontation télévisée, cinq sur six ont répondu au questionnaire. Le format de leurs réponses était libre. Nous les reproduisons ici in extenso, à la fois comme contribution au débat pour les sympathisants de gauche et plus largement pour tous ceux qui voudraient connaître l’amplitude des différences d’analyses pour se forger leur propre opinion.

Même si la période est singulière, à quinze jours du premier tour, on décèle sans peine la force de la tectonique idéologique : assurément, les clivages partisans (et c’est très marqué sur l’université, comme on l’a décrit dans Le Grand Chambardement) se sont  réorganisés.

La plupart des candidats voient ainsi le principe de l’autonomie comme « une bonne chose » pour reprendre le mot de François Hollande, qui déplore cependant « l’inacceptable mise en concurrence des universités ». Si le candidat ne commente pas la proposition de Terra Nova d’augmenter les frais de scolarité en contrepartie d’un élargissement du système des bourses (qui avait été mise en débat il y a quelques mois par son association « Répondre à gauche »), il réaffirme sa volonté de créer 12 000 postes par an,que l’on devait donc entendre comme couvrant à la fois l’école primaire et l’université. Parmi ses autres propositions :  la garantie d’au moins 50 % des places en IUT et BTS pour les élèves des filières technologiques et professionnelles, afin de lutter contre l’échec en licence à l’université, une réflexion sur la « création d’écoles régionales » de formation des enseignants et des bourses complémentaire de l’allocation d’autonomie (prévue dans le projet socialiste) pour les secteurs « stratégiques » qui peinent à recruter.

Du côté de Martine Aubry, la principale proposition est la réunion « dès le début de la mandature », d’assises de l’enseignement supérieur et de la recherche « pour préparer, avec l’ensemble des acteurs, une grande loi » et procéder à une « remise à plat » (le terme est important) des lois votées sous la présidence Sarkozy, dont la LRU. La candidate entend « porter, enfin, les dépenses consacrées à la recherche à 3 % du PIB ». Cela serait rendu possible (notamment ?) par un « redéploiement des budgets du Crédit impôt recherche », Martine Aubry étant « formellement opposée à l’augmentation des frais d’inscription ». Elle souhaite par ailleurs remplacer l’Agence d’évaluation par « une structure acceptée par tous ».

Pour Arnaud Montebourg, « à l’université aussi, il faut changer de République ». Le candidat propose lui aussi une nouvelle loi qui « remplacera » (c’est explicite) la LRU, « transformera les modalités d’élection du conseil d’administration et du président, et donnera du poids aux différents conseils universitaires ». Surtout il s’engage à « créer chaque année 5 000 emplois supplémentaires dans les laboratoires et universités » et de mener à bien « un plan de 8 000 constructions et 10 000 réhabilitations de logements pour les étudiants, chaque année ». Ses propositions seraient notamment financées par une remise à plat du grand emprunt, qu’il voit comme une « usine à gaz qui engendre des coûts de fonctionnement énormes ». Le candidat veut aussi rapprocher les classes préparatoires, les BTS et les universités « pour construire un vrai service public d’enseignement supérieur ».

Manuel Valls est lui-aussi critique sur la LRU et prône « une gouvernance autonome par rapport au ministère, avec des contre-pouvoirs démocratiques » dans les universités. Il est plus nuancé sur le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (le PRES), qui « du fait de sa flexibilité, apparaît […] comme un outil relativement pertinent ».  Le candidat milite pour un « profond renouvellement des sources de financement », avec les collectivités locales et les entreprises en fers de lance, dans la mesure où le « niveau de notre dette nous impose de consacrer chaque rentrée d’argent à son remboursement ». Sur l’augmentation des frais de scolarité, il est parmi les socialistes celui qui va le plus loin, quoiqu’en termes particulièrement mesurés : « augmentons sensiblement les bourses de l’enseignement supérieur pour assurer un financement adéquat aux étudiants fragilisés. Ensuite, si – et seulement si – les conditions sont réunies pour préserver ceux qui ont le moins, une augmentation équilibrée des droits d’inscription pourra être envisagée. »

Jean-Michel Baylet veut lui-aussi redéployer le Crédit impôt recherche et dégager « environ 2 milliards annuels en faveur de pôles mondiaux d’excellence ». Pour lui, « il faudra faire appel aux crédits régionaux pour les investissements, et sans doute pour financer un certain nombre de formations, notamment des formations professionnelles courtes », mais également pour la question du logement étudiant. Mais c’est surtout la formation des enseignants qui est au cœur de ses préoccupations et, précise-t-il, « pour les radicaux, primordiale ». Le candidat du PRG propose également de « relever les frais d’inscription, en tenant compte de la situation familiale et en donnant une allocation d’autonomie aux étudiants ».

Par ordre de retour, les réponses de Manuel Valls, de Jean-Michel Baylet, d’Arnaud Montebourg, de Martine Aubry et de François Hollande.

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8 Responses to “Université : les candidats des primaires citoyennes au banc d’essai”

  1. 1 erikantoine

    Jolie la faute dès la première question « faîtes-vous ». Faites ne prend pas d’accent circonflexe.
    bien joué…

    • 2 webmaster

      Effectivement… Merci pour votre vigilance.

  2. Que pensent ces candidats des propositions du Front de Gauche, dont voici le programme sur les questions éducatives ?

    – Abrogation de la loi LRU et du Pacte pour la recherche

    – Supression de l’AERES

    – Abandon des outils de discrimination (Idex, Labex…)

    – Abandon des primes aux mérite

    – Doublement du budget public de la recherche sur la législature

    – Financements réorientés (transformation de l’ANR en FPSE – Fonds public de soutien aux projets émergents-)

    – Plan de recrutement dans l’Education nationale

    – Pré-recrutement des enseignants

    – Relance de la recherche en éducation, développement de la formation initiale et continue, création de temps d’échanges pédagogiques dans les établissements

    – Mise en place d’un plan de lutte contre les inégalités sociales à l’école (nouvelle sectorisation scolaire)

    – Défense du cadre national des diplomes

    – Arrêt de la marchandisation du savoir (Lisbonne)

    – Assises de la recherche

    – Rétablissement du CNRS et de l’Inserm

  3. 4 Alain69

    Et pendant ce temps « Le Figaro » propose sur son site internet un jeu pour que les Français élaborent eux-mêmes le budget 2012 (http://www.lefigaro.fr/economie/objectif-budget.php), avec trois scénarii : un déficit à 4,5 %, à 3 % et à 0 %. Sur le chapitre enseignement supérieur et recherche, trois possibilités : diviser par deux les bourses étudiantes (soit une économie de 700 millions d’euros), supprimer la recherche spatiale (1,4 milliard) ou baisser de 10 % les crédits de la recherche universitaire (380 millions) !!!

  4. 5 See Mee

    @Bertrand Monthubert … et d’autres articles répertoriés ici http://pear.ly/ZMKD !

  5. Très bonne initiative pour voir les différences entre les candidats. Celles d’Arnaud Montebourg son présentes sur son site : http://www.arnaudmontebourg2012.fr/category/le-projet/recherche-et-superieur
    Il a également publié une tribune sur le sujet dans Rue 89 : A l’université aussi, il faut changer de République ! : http://www.rue89.com/2011/09/22/a-luniversite-aussi-il-faut-changer-de-republique-223255


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