Que faut-il retenir des « initiatives d’excellence » ?

04Juil11

C’est aujourd’hui à 15 heures que seront annoncés les premiers lauréats des « Idex », les « initiatives d’excellence ». Pour ceux (nombreux) qui auraient du mal à suivre, les « Idex » sont des appels à projets lancés en septembre dernier dans le cadre du grand emprunt (pardon, des « investissements d’avenir ») et doté de plus de sept milliards d’euros. Rien que ça.

Selon les rumeurs (en partie confirmées par le lieu de l’annonce, à Bordeaux), les sites de Strasbourg, de Paris Sciences et Lettres (qui regroupe notamment l’ENS, le Collège de France et Dauphine) et donc de Bordeaux devraient être récompensés.

D’autres lauréats pourraient toutefois les avoir rejoints cet après-midi puisque le comité de pilotage a cette liberté-là, si le jury ne trouve rien à redire à ce qui constitue tout même une remise en cause de ses décisions…

Première conclusion : les initiatives d’excellence étaient censées faire émerger 5 à 10 pôles d’excellence de rang international. Sur les dix-sept candidats de départ, sept ont passé le cap des présélections et le jury international n’en aurait finalement retenu que trois aujourd’hui. L’écrémage est impressionnant.

C’est un carton plein pour Strasbourg et Bordeaux, à qui on a déjà promis des sommes considérables (respectivement 375 et 475 millions d’euros) lors de l’appel à projet précédent, l’Opération campus, en 2008. Cela promet un automne animé et sans doute quelque jalousie dans le milieu, au moment où les recalés et les déçus de l’excellence commencent à donner de la voix.

Jamais sans doute n’était apparu de manière aussi crue le système à deux vitesses qui se met en place dans l’université française et que je décris en détails dans Le Grand Chambardement. D’un côté des pôles sur qui pleuvent des centaines de millions d’euros. De l’autre, un nouveau désert universitaire qui ne touchera rien, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint.

Cette fois, la dotation en capital (qui pourra atteindre jusqu’à 1 milliard d’euros) ne sera (éventuellement…) versée qu’au bout de quatre années probatoires. Durant cette période, les universités lauréates ne percevront que les intérêts de cette somme, et encore qu’en partie, comme le précise de manière assez alambiquée le ministère sur son site.

Dernière conclusion provisoire : Paris est décidément à la traine. Parmi les grands regroupements universitaires, ni « Sorbonne Universités » (Paris 2, 4 et 6), le seul qui était encore en compétition, ni « Sorbonne Paris Cité » (Paris 3, 5, 7 et 13) ni Saclay (qui réussit le prouesse de toucher un milliard malgré son échec !) ni le Campus Condorcet (qui n’a pas même concouru) ne sont retenus !

L’outsider qui est sélectionné – Dauphine – est l’un des derniers à avoir suivi le mouvement de recomposition, et encore n’a-t-il rejoint qu’un ensemble de grandes écoles…

Un deuxième appel sur cette même ligne vient d’être ouvert. Les projets doivent être déposés avant le 20 septembre prochain. Les nouvelles « Initiatives d’excellence » seront sélectionnées début 2012. A quelques mois de la présidentielle.

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6 Responses to “Que faut-il retenir des « initiatives d’excellence » ?”

  1. 1 Arthur

    @PR27 : Voilà ce que Michel Lussault disait il y a une dizaine de jours : « Il semble que le jury ait été gêné par le caractère incertain de notre modèle d’évolution vers l’université fédérale » (http://www.leprogres.fr/rhone/2011/07/05/michel-lussault-on-pensait-passer-la-selection-on-en-a-gros-sur-la-patate)…

  2. 2 PR27

    @Arthur : echec pour Lyon etc… ? Disons plutôt qu’ils ne satisfont pas tous les petites exigences capricieuses du MESR.
    Je ne fais partie d’aucun de ces 5, je suis même parmi leurs concurrents, mais quand j’ai vu le travail remarquable qu’a fait par ex. Michel Lussault à Lyon – un des meilleurs spécialistes français de l’aménagement du territoire, un comble pour l’idex ! – je suis écoeuré.

    Le nombre d’écoeurés monte !

  3. 3 Arthur

    C’est surtout un échec patent pour Lyon, Toulouse, Aix, Grenoble et pour Sorbonne Universités, que dirige le patron de la Conférence des présidents d’universités… Cela promet quelques franches discussions ! Une question cependant : tout le temps passé sur ces dossiers ne s’est-il pas fait au détriment d’autres financements, notamment européens ? ?

  4. 4 Amélie

    Personnellement, le choix de Paris Sciences et lettres me semble tout à fait rationnelle. Il s’agit de renforcer les moyens d’un ensemble qui se positionne, d’après ce que j’ai lu dans le résumé opérationnel du projet, au niveau Master et Doctorat, ce qui est tout à fait pertinent pour la recherche scientifique. Bien entendu, cela permettra de faire émerger un pôle très visible, mais ne règlera pas le problème de la licence. il ne faudrait pas que les université parisiennes soient marginalisées !

    • 5 Sylvie

      Sur les choix de Dauphine, d’abord associé à Paris Universitas (l’ancêtre de Sorbonne Universités) puis proche d’Hésam (autour de Paris 1, l’EHESS et Arts et Métiers), puis refusant un Pôle « Grand Ouest parisien » avec Paris 10 pour s’associer finalement à « Paris Sciences et Lettres », je recommande le post de Pierre Dubois : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/10/05/le-president-batsch-et-les-pres/

      • 6 André

        Il faut lire aussi dans « Les Echos » de ce matin une tribune d’un certain « groupe Marc Bloch », collectif d’universitaires et hauts fonctionnaires intitulé « Pour en finir avec les tours de passe-passe budgétaires ». Cela rejoint ce que j’ai lu avec stupéfaction dans votre livre « enquête sur le grand Chambardement »…


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