Après le grand chambardement…

31Mai11

Co-parrainées par le ministère de l’Enseignement supérieur et l’agence de presse AEF, les Rencontres Universités-Entreprises ont un protocole institutionnel presque désuet, qui veut notamment qu’une conclusion des débats revienne à un haut fonctionnaire.

Cette année encore, pourtant, l’essentiel était ailleurs : en quatre éditions, le salon professionnel est devenu une référence en ménageant des plateaux de choix avec de vrais débats et une parole étonnamment libérée, par delà le credo entrepreneurial répété à l’envi.

On a vu ainsi Jean-Louis Missika, l’adjoint du maire de Paris chargé des universités, pester contre l’Opération Campus, la première vague d’appels à projets (5 milliards d’euros annoncés en 2008) avec « sa pseudo dotation en capital » et ses « pseudo intérêts d’emprunt ». Et regretter qu' »on a[it] parfois considéré que les collectivités territoriales ne sont pas des partenaires à part entière ». Un reproche souvent entonné, du reste.

On a entendu Augustin de Romanet, le patron de la Caisse des Dépôts, affirmer à la suite d’Alain Rousset, le très en verve président (PS) de la région Aquitaine, que « les sommes de l’Opération Campus gagneraient à être transférées aux universités » et que « la délégation, ça ne se donne pas et ça ne se reprend pas au gré des humeurs »… Diantre.

Alain Fuchs, le patron du CNRS, a d’abord affirmé qu' »il n’y a jamais eu autant d’argent dans les laboratoires » de recherche, avant d’être bousculé par la salle et de reconnaître qu' »avec l’augmentation de la masse salariale, les soutiens de base avaient effectivement baissé ».

René Ricol, le commissaire général à l’investissement, a admis quant à lui que « le grand emprunt est arrivé au bon moment. Avec la dette, maintenant, ce serait impossible ». Cette perspective du coût financier de l’emprunt pour les générations futures était souvent éludée jusqu’à présent.

Il a surtout donné des précisions sur le processus de décision pour ces « investissements d’avenir », après une série de polémiques sur le manque de transparence : le comité de pilotage a le droit de proposer des choix complémentaires aux décisions du jury. Ce dernier valide ou non. C’est ainsi que 17 laboratoires d’excellence (Labex) ont été repêchés. Une intrusion politique à laquelle le jury scientifique n’a étonnamment rien trouvé à redire…

« L’excellence tire l’excellence » veut croire René Ricol, qui s’apprête à lancer à l’automne une deuxième vague d’appels à projets Labex « et même une troisième si on peut faire des économies ».

Dans le même ordre d’idées, le commissaire a refusé de chiffrer le nombre d’Initiatives d’excellence (Idex) qui récompensent des campus tout entiers et doivent être annoncés très prochainement : dix ? quinze ? Le site internet du gouvernement en comptabilise quant à lui entre cinq et dix

Le débat se voulait en effet prospectif et là encore les petites phrases n’ont pas manqué. René Ricol, encore : « Il ne faut pas me demander de saupoudrer, je ne suis pas un arrosoir. Mais nous ne sommes pas inconscients, on fait un arrêt sur image, on regarde si on a un sujet [l’absence d’un Institut hospitalo-universitaire lié au cancer par exemple…] et on le règle. Mais c’est un peu tôt encore. »

Louis Vogel, président des présidents d’université : « Aujourd’hui, le modèle implicite du laboratoire est celui des sciences dures. il faudra absolument diversifier le schéma. Et ne pas oublier les crédits récurrents… »

Au final, c’est André Syrota, le patron de l’Inserm qui est allé le plus loin, évoquant comme logique des départs de laboratoires d’excellence des « petites » universités vers les grands pôles mondiaux… Aujourd’hui déjà, 85 % de la recherche est concentrée sur une quinzaine de sites…

La régulation, le financement, l’aménagement du territoire et la stratégie nationale de la recherche… Tous les thèmes du débat de 2012 sont posés. Et une chose est d’ores et déjà certaine : le grand chambardement ne fait que commencer.

Post scriptum : Il y en aurait des choses à dire sur la sémiologie de l’image officielle des « Investissements d’avenir » (en haut à droite de ce billet), et sur l’exact miroir que commencent à en être les photos de Carla Bruni-Sarkozy, lors du G8 de Deauville…  Presque étonnant que ce rapprochement n’ait guère été souligné jusqu’ici…

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