Trois ans et plus de 75 posts après sa création, Universitas sera désormais hébergé sur la plate-forme d’EducPros : http://blog.educpros.fr/universitas. A tout de suite !


Le candidat Nicolas Sarkozy en est persuadé : son quinquennat aura permis d’en finir avec l’égalitarisme français dans l’enseignement supérieur. Après un (très) complexe processus, des jurys internationaux ont donc déterminé les campus sur qui se déversera un jour la manne des « Investissements d’Avenir », le grand emprunt Sarkozy.

Initiatives d’excellence (Idex), Laboratoires d’excellence (Labex), Équipements d’excellence (Equipex), le nouvelle France universitaire (sur laquelle Universitas aura l’occasion de se pencher prochainement) a des fleurons qui se comptent sur les doigts de… allez… deux mains.

Telle elle a été voulue, telle elle a été mise en œuvre. Ne pas avoir annoncé la couleur n’est pas le reproche principal qu’on puisse adresser au Président en la matière…

Sauf que… la réalité va être tout autre. Le gouvernement Fillon a décidé de reconsidérer deux dossiers. A l’aune de cette logique de l’excellence, c’est plus que contradictoire : presque insultant pour la politique ultra-sélective menée jusque là… et pour le jury international qu’on est impatient d’entendre !

Ce soir, dans l’un de ces communiqués de presse qui tombent à l’heure où les journaux mettent sous presse, le ministère de l’Enseignement supérieur annonce que Lyon/Saint-Etienne et  Novi Mundi Université vont bénéficier, je cite, d’un « soutien particulier ».

Certes, explique encore cette alambiquée communication, « le jury a décidé de sélectionner les projets ayant recueilli deux tiers de votes positifs », ce qui est loin d’être le cas de ces deux-là. Mais le premier ministre a néanmoins demandé au ministre « d’étudier le plus rapidement possible les moyens de reconnaître la très grande qualité de ces deux projets ».

Diantre… Comment reconnaître une très grande qualité à des projets que le jury n’était apparemment pas particulièrement en veine de souligner ? Rien de moins qu’en revenant sur leur décision souveraine : « Les deux projets sont sur le chemin d’une possible labellisation Idex » à échéance de trois années. Mieux, « après information du parlement, il leur sera apporté des moyens financiers » supplémentaires (on sera curieux de savoir combien) s’ils arrivent à définir des « jalons concrets à atteindre pour aboutir à la gouvernance rénovée annoncée ».

On a déjà souligné ici même, combien ces « Investissements d’avenir » portaient en eux les germes d’un grand chambardement de l’université française. De la même manière qu’on avait rattrapé Lille et la Lorraine pour l’Opération Campus en juin 2009 (sans leur donner toutefois de dotation en capital comme les autres lauréats), on change donc une nouvelle fois les règles du jeu après la partie.

A l’époque, neuf mois avant les régionales de 2010, c’était passé dans l’épaisseur du trait d’un « plan de relance ». Aujourd’hui, deux mois avant la présidentielle, quoi qu’on pense par ailleurs de la qualité de ces deux projets et quoi qu’on pense surtout de cette politique là, le procédé ressemble à s’en méprendre à une grosse ficelle.


Le premier ministre François Fillon a annoncé aujourd’hui à Bordeaux les cinq lauréats de la deuxième vague des « Initiatives d’excellence » (les désormais fameuses « Idex ») du programme des « Investissements d’avenir », le grand emprunt Sarkozy.

Les nouveaux lauréats sélectionnés par un jury international sont l’université d’Aix-Marseille, l’université de Toulouse, l’incontournable campus Paris-Saclay autour de Paris 11 et les deux regroupements parisiens Sorbonne Université (Paris 2, 4 et 6) et Sorbonne Paris Cité (Paris 3, 5, 7 et 13).

Ces cinq projets complètent la première vague qui avait récompensé les projets de l’université de Strasbourg (dotée de 750 millions d’euros), de Bordeaux (700 millions) et le projet Paris Sciences et Lettres, qui regroupe douze grandes écoles et l’Université Paris-Dauphine (750 millions).

Qu’en retenir ? D’abord que la nouvelle carte de l' »excellence » universitaire comprend au jour d’aujourd’hui huit sites et huit sites seulement. Depuis le début du processus, ses promoteurs visaient l’émergence de cinq à dix pôles pluridisciplinaires de rang mondial. A moins d’un troisième tour, évoqué il y a quelques mois, on en resterait à une carte de France excluant des pôles aussi importants que Lyon/Saint-Etienne (finaliste malheureux des deux vagues), Rennes (et le grand ouest) ou le grand Nord (tous les deux même pas présélectionnés dans la deuxième vague) ! La carte des recalés comprend aussi Paris-Est, Nanterre et Hautes Études-Sorbonne-Arts et Métiers (sous le nouveau nom de Paris novi mundi université, avec Paris 1) côté francilien, ainsi que Bourgogne Franche-Comté, Grenoble et l’université de Lorraine en province. Excusez du peu ! Et c’est sans parler des universités qui n’ont pas été pré-sélectionnées ou qui n’ont pas même postulé…

Si on admet que tous les étudiants des universités lauréates vont directement bénéficier des Idex, les huit « excellents » lauréats totalisent 450 000 personnes soit moins d’un étudiant français sur trois. Onze des quinze plus gros campus en nombre d’étudiants ne sont pas concernés : Nantes, Lyon 1 et 2, Paris 10 et 12, Toulouse 3, Lille 2, Caen, Dijon, Nice et Rennes 1. Plus surprenant encore, un tiers des quinze universités françaises en tête du Quacquarelli Symonds World University Ranking n’y figurent pas non plus : Grenoble 1, Montpellier 2, Lille 1, Lyon 1 et Nancy 1…

Deuxième leçon : la nouvelle donne universitaire est une prime aux cumulards. Paris 13 se retrouve deux fois lauréate, à la fois sur les Idex (avec Sorbonne Paris cité) et sur l’Opération campus (le premier gros appel à projets de l’ère Sarkozy), avec le campus Condorcet (doté de 450 millions d’euros) auquel elle participe également. Même chose pour Aix-Marseille (déjà doté de 500 M€ sur l’Opération campus), Bordeaux (475 M), Strasbourg (375 M), Toulouse (350 M), Sorbonne Paris Cité (200 M), Sorbonne Universités (130 M) et Paris Sciences et Lettres (70 M) .

Une palme spéciale pour Paris-Saclay, qui touchera au final 850 M € sur l’opération campus, mais également 1 milliard à la faveur d’un processus complétement dérogatoire dans le cadre des Investissements d’avenir ainsi qu’une nouvelle dotation supplémentaire dont le montant reste à préciser, dans le cadre des Idex !


C’est ce qui s’appelle un cafouillage gouvernemental. Officiellement, l’objectif est toujours d’accueillir de plus en plus d’étudiants étrangers en France. Depuis le 1er janvier, Campus France, l’agence pour la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger a été renforcée pour permettre de recruter 75 % d’étudiants aux niveaux master et doctorat et de développer la « mobilité encadrée », deux des objectifs en la matière.

Mais pour renforcer l’attractivité de la France, on a connu mieux… En mai, le ministère de l’Intérieur a publié une circulaire extrêmement restrictive sur la « maîtrise de l’immigration professionnelle », qui a abouti à des refus massifs des demandes de changement de statut (d’étudiant à salarié) et à un alourdissement des procédures. Certains jeunes embauchés ont même dû quitter le pays purement et simplement.

Un collectif s’est créé, avec une page Facebook particulièrement active et les pétitions pour une « université universelle » se multiplient. En décembre, Laurent Wauquiez le reconnaissait sans ambages : « on s’est plantés ». Cet après-midi, le gouvernement  présente une circulaire complémentaire, qui n’annule pas la précédente mais tente d’en atténuer les effets pour les « hauts potentiels », titulaires au minimum d’un master.

Mais ce n’est pas tout : la loi de finances 2012 a renforcé les taxes pour les titres de séjour. Le renouvellement, gratuit jusqu’en décembre 2008, était compris depuis entre 55 et 70 euros. Depuis le 1er janvier, il peut atteindre jusqu’à… 385 euros. Le dépôt de la demande coûte lui même 110 euros, non remboursables en cas de refus…

Les aberrations du système sont nombreuses. Ainsi, jusqu’à présent les préfets pouvaient délivrer une carte de séjour aux étudiants étrangers non munis d’un visa de long séjour  mais entrés régulièrement en France. Mais pas aux ressortissants algériens ni à ceux des États d’Afrique francophone subsaharienne!

Alors qu’un toilettage de la loi aurait été nécessaire pour servir cette ambition, l’attractivité de la France universitaire fait les frais des crispations ambiantes, à un peu plus de cent jours du premier tour de la présidentielle.

MàJ 18 jan. 2011 : Le Sénat a adopté cet après-midi une proposition de résolution initiée par la sénatrice socialiste de Paris Bariza Khiari, qui dénonce « les ravages » pour la France de la circulaire Guéant.


A l’occasion de son demi-siècle, l’université de Nantes organise demain une conférence pour s’interroger sur l’avenir de l’enseignement supérieur devenu autonome.

Une conférence qui arrive à point nommé juste après que le projet d’Initiative d’excellence « Innovation Campus Ouest » monté avec l’Université européenne de Bretagne fut recalé et après la mise sous tutelle des recteurs, pour cause de deux exercices déficitaires successifs, de cinq universités françaises, fin novembre.

Nantes est l’une des premières à avoir tiré la sonnette d’alarme, elle qui accuse cette année un déficit de 4 millions d’euros. Cela ne l’empêche pas de se projeter dans l’avenir, qu’elle voit sous la forme d’une « université fédérale de l’Ouest » dont elle serait le le moteur avec Rennes.

Jeudi, le colloque portera son regard sur le nerf de la guerre, avec une séance intitulée « Le financement des universités, quelles perspectives ? », question cruciale s’il en est en ces temps de disette économique. Quant à la conférence de clôture, c’est en elle-même tout un programme : »Comment concilier stratégie d’autonomie et dialogue avec l’environnement ? »


C’est une nouvelle qui devrait faire grand bruit : le sénat vient de rejeter ce midi le budget de la Mission interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur, la Mires.

Alors qu’elle a plutôt le goût des discussions feutrées, la haute assemblée est depuis plusieurs semaines le théâtre d’une véritable guérilla contre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Dans un rapport au vitriol, Mme Dominique Gillot a mis le feu aux poudres il y a deux semaines en déplorant « une présentation confuse des moyens de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre du projet annuel de performances accompagnant le projet de loi de finances pour 2012, difficilement compatible avec les principes de sincérité budgétaire et de transparence de l’information à transmettre au Parlement ».

Le rapport spécial de Philippe Adnot au nom de la commission des finances allait même plus loin, en se livrant au bilan financier de l’ère Sarkozy pour l’université : « La promesse faite par le Président de la République, lors de sa campagne pour la dernière élection présidentielle, d’augmenter de 9 milliards d’euros le budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche durant son mandat, n’est respecté qu’au prix de divers artifices de présentation. Le montant effectif des augmentations de moyens paraît plus proche de 5 milliards d’euros. » Et le sénateur d’enfoncer le clou : « une augmentation de seulement 0,1 point de PIB [est] donc sans impact significatif sur la croissance ».

Le ministre, Laurent Wauquiez a répliqué à la tribune que « les neuf milliards, ils y sont », en détaillant son propre chiffrage : 4,5 milliards de crédits budgétaires supplémentaires, 3,586 de crédit impôt recherche, 436 millions d’intérêts de l’Opération Campus et 732 millions des partenariats public-privé. Les explications n’ont visiblement pas convaincu les sénateurs qui n’ont pas adopté le projet de budget de la Mires.


Sur les onze dossiers déposés le 20 septembre, cinq ont été retenus par le jury international des Initiatives d’excellence. Il s’agit des projets de Sorbonne Paris Cité, Saclay et Hésam (sous le nouveau nom de Paris novi mundi université), et en province de l’université de Lorraine et d’Aix-Marseille. Cinq nouveaux dossiers qui rejoignent les quatre recalés de la première vague (Lyon/St Etienne, Grenoble, Sorbonne Universités et Toulouse) : ils sont donc neuf à concourir et finalisent leurs dossiers pendant encore une semaine.

Avant même d’attendre le mois de février pour connaître les noms des lauréats, on peut d’ores et déjà s’attarder sur les recalés de cette deuxième vague : Paris-Est et Nanterre, côté francilien et Bourgogne Franche-Comté, Lille/Nord de France, Montpellier et Bretagne/Pays de la Loire en province.  Les principales critiques émises par le jury concernent une fois encore la gouvernance. Il sera intéressant de voir si cette décision influe sur les projets de fédération ou de fusion de ces grands ensembles ou si au contraire  ils marqueront un coup d’arrêt. L’éventualité d’un troisième tour d’Idex, évoqué du bout des lèvres par le Commissariat général à l’Investissement, sera sans doute déterminant…