Trois ans et plus de 75 posts après sa création, Universitas sera désormais hébergé sur la plate-forme d’EducPros : http://blog.educpros.fr/universitas. A tout de suite !


Le candidat Nicolas Sarkozy en est persuadé : son quinquennat aura permis d’en finir avec l’égalitarisme français dans l’enseignement supérieur. Après un (très) complexe processus, des jurys internationaux ont donc déterminé les campus sur qui se déversera un jour la manne des « Investissements d’Avenir », le grand emprunt Sarkozy.

Initiatives d’excellence (Idex), Laboratoires d’excellence (Labex), Équipements d’excellence (Equipex), le nouvelle France universitaire (sur laquelle Universitas aura l’occasion de se pencher prochainement) a des fleurons qui se comptent sur les doigts de… allez… deux mains.

Telle elle a été voulue, telle elle a été mise en œuvre. Ne pas avoir annoncé la couleur n’est pas le reproche principal qu’on puisse adresser au Président en la matière…

Sauf que… la réalité va être tout autre. Le gouvernement Fillon a décidé de reconsidérer deux dossiers. A l’aune de cette logique de l’excellence, c’est plus que contradictoire : presque insultant pour la politique ultra-sélective menée jusque là… et pour le jury international qu’on est impatient d’entendre !

Ce soir, dans l’un de ces communiqués de presse qui tombent à l’heure où les journaux mettent sous presse, le ministère de l’Enseignement supérieur annonce que Lyon/Saint-Etienne et  Novi Mundi Université vont bénéficier, je cite, d’un « soutien particulier ».

Certes, explique encore cette alambiquée communication, « le jury a décidé de sélectionner les projets ayant recueilli deux tiers de votes positifs », ce qui est loin d’être le cas de ces deux-là. Mais le premier ministre a néanmoins demandé au ministre « d’étudier le plus rapidement possible les moyens de reconnaître la très grande qualité de ces deux projets ».

Diantre… Comment reconnaître une très grande qualité à des projets que le jury n’était apparemment pas particulièrement en veine de souligner ? Rien de moins qu’en revenant sur leur décision souveraine : « Les deux projets sont sur le chemin d’une possible labellisation Idex » à échéance de trois années. Mieux, « après information du parlement, il leur sera apporté des moyens financiers » supplémentaires (on sera curieux de savoir combien) s’ils arrivent à définir des « jalons concrets à atteindre pour aboutir à la gouvernance rénovée annoncée ».

On a déjà souligné ici même, combien ces « Investissements d’avenir » portaient en eux les germes d’un grand chambardement de l’université française. De la même manière qu’on avait rattrapé Lille et la Lorraine pour l’Opération Campus en juin 2009 (sans leur donner toutefois de dotation en capital comme les autres lauréats), on change donc une nouvelle fois les règles du jeu après la partie.

A l’époque, neuf mois avant les régionales de 2010, c’était passé dans l’épaisseur du trait d’un « plan de relance ». Aujourd’hui, deux mois avant la présidentielle, quoi qu’on pense par ailleurs de la qualité de ces deux projets et quoi qu’on pense surtout de cette politique là, le procédé ressemble à s’en méprendre à une grosse ficelle.


Le premier ministre François Fillon a annoncé aujourd’hui à Bordeaux les cinq lauréats de la deuxième vague des « Initiatives d’excellence » (les désormais fameuses « Idex ») du programme des « Investissements d’avenir », le grand emprunt Sarkozy.

Les nouveaux lauréats sélectionnés par un jury international sont l’université d’Aix-Marseille, l’université de Toulouse, l’incontournable campus Paris-Saclay autour de Paris 11 et les deux regroupements parisiens Sorbonne Université (Paris 2, 4 et 6) et Sorbonne Paris Cité (Paris 3, 5, 7 et 13).

Ces cinq projets complètent la première vague qui avait récompensé les projets de l’université de Strasbourg (dotée de 750 millions d’euros), de Bordeaux (700 millions) et le projet Paris Sciences et Lettres, qui regroupe douze grandes écoles et l’Université Paris-Dauphine (750 millions).

Qu’en retenir ? D’abord que la nouvelle carte de l' »excellence » universitaire comprend au jour d’aujourd’hui huit sites et huit sites seulement. Depuis le début du processus, ses promoteurs visaient l’émergence de cinq à dix pôles pluridisciplinaires de rang mondial. A moins d’un troisième tour, évoqué il y a quelques mois, on en resterait à une carte de France excluant des pôles aussi importants que Lyon/Saint-Etienne (finaliste malheureux des deux vagues), Rennes (et le grand ouest) ou le grand Nord (tous les deux même pas présélectionnés dans la deuxième vague) ! La carte des recalés comprend aussi Paris-Est, Nanterre et Hautes Études-Sorbonne-Arts et Métiers (sous le nouveau nom de Paris novi mundi université, avec Paris 1) côté francilien, ainsi que Bourgogne Franche-Comté, Grenoble et l’université de Lorraine en province. Excusez du peu ! Et c’est sans parler des universités qui n’ont pas été pré-sélectionnées ou qui n’ont pas même postulé…

Si on admet que tous les étudiants des universités lauréates vont directement bénéficier des Idex, les huit « excellents » lauréats totalisent 450 000 personnes soit moins d’un étudiant français sur trois. Onze des quinze plus gros campus en nombre d’étudiants ne sont pas concernés : Nantes, Lyon 1 et 2, Paris 10 et 12, Toulouse 3, Lille 2, Caen, Dijon, Nice et Rennes 1. Plus surprenant encore, un tiers des quinze universités françaises en tête du Quacquarelli Symonds World University Ranking n’y figurent pas non plus : Grenoble 1, Montpellier 2, Lille 1, Lyon 1 et Nancy 1…

Deuxième leçon : la nouvelle donne universitaire est une prime aux cumulards. Paris 13 se retrouve deux fois lauréate, à la fois sur les Idex (avec Sorbonne Paris cité) et sur l’Opération campus (le premier gros appel à projets de l’ère Sarkozy), avec le campus Condorcet (doté de 450 millions d’euros) auquel elle participe également. Même chose pour Aix-Marseille (déjà doté de 500 M€ sur l’Opération campus), Bordeaux (475 M), Strasbourg (375 M), Toulouse (350 M), Sorbonne Paris Cité (200 M), Sorbonne Universités (130 M) et Paris Sciences et Lettres (70 M) .

Une palme spéciale pour Paris-Saclay, qui touchera au final 850 M € sur l’opération campus, mais également 1 milliard à la faveur d’un processus complétement dérogatoire dans le cadre des Investissements d’avenir ainsi qu’une nouvelle dotation supplémentaire dont le montant reste à préciser, dans le cadre des Idex !


C’est ce qui s’appelle un cafouillage gouvernemental. Officiellement, l’objectif est toujours d’accueillir de plus en plus d’étudiants étrangers en France. Depuis le 1er janvier, Campus France, l’agence pour la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger a été renforcée pour permettre de recruter 75 % d’étudiants aux niveaux master et doctorat et de développer la « mobilité encadrée », deux des objectifs en la matière.

Mais pour renforcer l’attractivité de la France, on a connu mieux… En mai, le ministère de l’Intérieur a publié une circulaire extrêmement restrictive sur la « maîtrise de l’immigration professionnelle », qui a abouti à des refus massifs des demandes de changement de statut (d’étudiant à salarié) et à un alourdissement des procédures. Certains jeunes embauchés ont même dû quitter le pays purement et simplement.

Un collectif s’est créé, avec une page Facebook particulièrement active et les pétitions pour une « université universelle » se multiplient. En décembre, Laurent Wauquiez le reconnaissait sans ambages : « on s’est plantés ». Cet après-midi, le gouvernement  présente une circulaire complémentaire, qui n’annule pas la précédente mais tente d’en atténuer les effets pour les « hauts potentiels », titulaires au minimum d’un master.

Mais ce n’est pas tout : la loi de finances 2012 a renforcé les taxes pour les titres de séjour. Le renouvellement, gratuit jusqu’en décembre 2008, était compris depuis entre 55 et 70 euros. Depuis le 1er janvier, il peut atteindre jusqu’à… 385 euros. Le dépôt de la demande coûte lui même 110 euros, non remboursables en cas de refus…

Les aberrations du système sont nombreuses. Ainsi, jusqu’à présent les préfets pouvaient délivrer une carte de séjour aux étudiants étrangers non munis d’un visa de long séjour  mais entrés régulièrement en France. Mais pas aux ressortissants algériens ni à ceux des États d’Afrique francophone subsaharienne!

Alors qu’un toilettage de la loi aurait été nécessaire pour servir cette ambition, l’attractivité de la France universitaire fait les frais des crispations ambiantes, à un peu plus de cent jours du premier tour de la présidentielle.

MàJ 18 jan. 2011 : Le Sénat a adopté cet après-midi une proposition de résolution initiée par la sénatrice socialiste de Paris Bariza Khiari, qui dénonce « les ravages » pour la France de la circulaire Guéant.


A l’occasion de son demi-siècle, l’université de Nantes organise demain une conférence pour s’interroger sur l’avenir de l’enseignement supérieur devenu autonome.

Une conférence qui arrive à point nommé juste après que le projet d’Initiative d’excellence « Innovation Campus Ouest » monté avec l’Université européenne de Bretagne fut recalé et après la mise sous tutelle des recteurs, pour cause de deux exercices déficitaires successifs, de cinq universités françaises, fin novembre.

Nantes est l’une des premières à avoir tiré la sonnette d’alarme, elle qui accuse cette année un déficit de 4 millions d’euros. Cela ne l’empêche pas de se projeter dans l’avenir, qu’elle voit sous la forme d’une « université fédérale de l’Ouest » dont elle serait le le moteur avec Rennes.

Jeudi, le colloque portera son regard sur le nerf de la guerre, avec une séance intitulée « Le financement des universités, quelles perspectives ? », question cruciale s’il en est en ces temps de disette économique. Quant à la conférence de clôture, c’est en elle-même tout un programme : »Comment concilier stratégie d’autonomie et dialogue avec l’environnement ? »


C’est une nouvelle qui devrait faire grand bruit : le sénat vient de rejeter ce midi le budget de la Mission interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur, la Mires.

Alors qu’elle a plutôt le goût des discussions feutrées, la haute assemblée est depuis plusieurs semaines le théâtre d’une véritable guérilla contre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Dans un rapport au vitriol, Mme Dominique Gillot a mis le feu aux poudres il y a deux semaines en déplorant « une présentation confuse des moyens de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre du projet annuel de performances accompagnant le projet de loi de finances pour 2012, difficilement compatible avec les principes de sincérité budgétaire et de transparence de l’information à transmettre au Parlement ».

Le rapport spécial de Philippe Adnot au nom de la commission des finances allait même plus loin, en se livrant au bilan financier de l’ère Sarkozy pour l’université : « La promesse faite par le Président de la République, lors de sa campagne pour la dernière élection présidentielle, d’augmenter de 9 milliards d’euros le budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche durant son mandat, n’est respecté qu’au prix de divers artifices de présentation. Le montant effectif des augmentations de moyens paraît plus proche de 5 milliards d’euros. » Et le sénateur d’enfoncer le clou : « une augmentation de seulement 0,1 point de PIB [est] donc sans impact significatif sur la croissance ».

Le ministre, Laurent Wauquiez a répliqué à la tribune que « les neuf milliards, ils y sont », en détaillant son propre chiffrage : 4,5 milliards de crédits budgétaires supplémentaires, 3,586 de crédit impôt recherche, 436 millions d’intérêts de l’Opération Campus et 732 millions des partenariats public-privé. Les explications n’ont visiblement pas convaincu les sénateurs qui n’ont pas adopté le projet de budget de la Mires.


Sur les onze dossiers déposés le 20 septembre, cinq ont été retenus par le jury international des Initiatives d’excellence. Il s’agit des projets de Sorbonne Paris Cité, Saclay et Hésam (sous le nouveau nom de Paris novi mundi université), et en province de l’université de Lorraine et d’Aix-Marseille. Cinq nouveaux dossiers qui rejoignent les quatre recalés de la première vague (Lyon/St Etienne, Grenoble, Sorbonne Universités et Toulouse) : ils sont donc neuf à concourir et finalisent leurs dossiers pendant encore une semaine.

Avant même d’attendre le mois de février pour connaître les noms des lauréats, on peut d’ores et déjà s’attarder sur les recalés de cette deuxième vague : Paris-Est et Nanterre, côté francilien et Bourgogne Franche-Comté, Lille/Nord de France, Montpellier et Bretagne/Pays de la Loire en province.  Les principales critiques émises par le jury concernent une fois encore la gouvernance. Il sera intéressant de voir si cette décision influe sur les projets de fédération ou de fusion de ces grands ensembles ou si au contraire  ils marqueront un coup d’arrêt. L’éventualité d’un troisième tour d’Idex, évoqué du bout des lèvres par le Commissariat général à l’Investissement, sera sans doute déterminant…


EXCLUSIF. – De leur rapport à l’université, on ne sait pas forcément grand chose. Les sites sur les candidats aux primaires citoyennes donnent bien quelques clés : on y apprend par exemple que François Hollande a découvert à l’Institut d’études politiques de Paris la passion du syndicalisme étudiant. Que pendant ses études d’histoire à Paris 1 (qu’Arnaud Montebourg a également fréquenté en droit), Manuel Valls a adhéré à l’UNEF-ID et conseillé Michel Rocard pour les affaires étudiantes. Que Jean-Michel Baylet est devenu journaliste en 1971 après des études de droit lui aussi. Que quatorze présidents et anciens présidents d’université avaient apporté leur soutien à la candidature de Ségolène Royal en 2007. Que Martine Aubry s’est engagée pour la jeunesse avec sa Fondation agir contre l’ exclusion, dans les années 1990…

Dans les staffs de campagne, les équipes chargées de la question universitaire sont souvent pléthoriques, preuve s’il en était besoin que l’éducation au sens large sera sans doute aussi déterminante en 2012 que la fracture sociale en 2002 ou l’insécurité en 2007.

Mais quelle est l’opinion des candidats sur la réforme sans doute la plus importante du quinquennat Sarkozy ? Comment se situent-ils face aux propositions plutôt consensuelles du projet socialiste sur l’université alors que certains think tank de gauche  comme Terra Nova multiplient les propositions iconoclastes et qu’à la gauche de la gauche, les positions sont parfois très tranchées ? De cela on n’avait jusqu’ici que peu d’éléments.

Ces derniers jours,les six candidats ont reçu un court questionnaire. Les questions étaient à la fois simples et précises :

  1. Comptez-vous conserver ou remettre en cause la loi LRU sur l’autonomie des universités ? Quel bilan en faites-vous ? Le cas échéant, sur quels points l’aménageriez-vous ?
  2. Faut-il poursuivre, et sous quelles formes, les regroupements universitaires au sein des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur ?
  3. Quels moyens financiers supplémentaires mobiliseriez-vous pour l’université ? Comment les financeriez-vous et comptez-vous poursuivre la politique d’emprunt en faveur de l’enseignement supérieur (les « investissements d’avenir ») ?
  4. Comptez-vous remettre en question la réforme de la formation des enseignants du secondaire ?
  5. Estimez-vous nécessaire, comme le Front de gauche, de mettre un terme aux activités de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) ?
  6. Que pensez-vous de la proposition de Terra Nova de relever les frais d’inscription des étudiants pour financer l’université ? Quelles mesures également préconisées par Terra Nova (allocation d’autonomie de 500 euros par mois pour tous les étudiants, suppression des cours en amphi, réduction de moitié des places dans les grandes écoles, sélection des étudiants à l’entrée en master…) reprendriez-vous à votre compte ?
  7. Comment comptez-vous développer le logement étudiant ? Quels moyens supplémentaires mettriez-vous en œuvre ?

et une question complémentaire : si vous êtes élu(e) en 2012 président(e) de la République, quelle serait votre première décision concernant l’enseignement supérieur ?

A la veille de leur deuxième confrontation télévisée, cinq sur six ont répondu au questionnaire. Le format de leurs réponses était libre. Nous les reproduisons ici in extenso, à la fois comme contribution au débat pour les sympathisants de gauche et plus largement pour tous ceux qui voudraient connaître l’amplitude des différences d’analyses pour se forger leur propre opinion.

Même si la période est singulière, à quinze jours du premier tour, on décèle sans peine la force de la tectonique idéologique : assurément, les clivages partisans (et c’est très marqué sur l’université, comme on l’a décrit dans Le Grand Chambardement) se sont  réorganisés.

La plupart des candidats voient ainsi le principe de l’autonomie comme « une bonne chose » pour reprendre le mot de François Hollande, qui déplore cependant « l’inacceptable mise en concurrence des universités ». Si le candidat ne commente pas la proposition de Terra Nova d’augmenter les frais de scolarité en contrepartie d’un élargissement du système des bourses (qui avait été mise en débat il y a quelques mois par son association « Répondre à gauche »), il réaffirme sa volonté de créer 12 000 postes par an,que l’on devait donc entendre comme couvrant à la fois l’école primaire et l’université. Parmi ses autres propositions :  la garantie d’au moins 50 % des places en IUT et BTS pour les élèves des filières technologiques et professionnelles, afin de lutter contre l’échec en licence à l’université, une réflexion sur la « création d’écoles régionales » de formation des enseignants et des bourses complémentaire de l’allocation d’autonomie (prévue dans le projet socialiste) pour les secteurs « stratégiques » qui peinent à recruter.

Du côté de Martine Aubry, la principale proposition est la réunion « dès le début de la mandature », d’assises de l’enseignement supérieur et de la recherche « pour préparer, avec l’ensemble des acteurs, une grande loi » et procéder à une « remise à plat » (le terme est important) des lois votées sous la présidence Sarkozy, dont la LRU. La candidate entend « porter, enfin, les dépenses consacrées à la recherche à 3 % du PIB ». Cela serait rendu possible (notamment ?) par un « redéploiement des budgets du Crédit impôt recherche », Martine Aubry étant « formellement opposée à l’augmentation des frais d’inscription ». Elle souhaite par ailleurs remplacer l’Agence d’évaluation par « une structure acceptée par tous ».

Pour Arnaud Montebourg, « à l’université aussi, il faut changer de République ». Le candidat propose lui aussi une nouvelle loi qui « remplacera » (c’est explicite) la LRU, « transformera les modalités d’élection du conseil d’administration et du président, et donnera du poids aux différents conseils universitaires ». Surtout il s’engage à « créer chaque année 5 000 emplois supplémentaires dans les laboratoires et universités » et de mener à bien « un plan de 8 000 constructions et 10 000 réhabilitations de logements pour les étudiants, chaque année ». Ses propositions seraient notamment financées par une remise à plat du grand emprunt, qu’il voit comme une « usine à gaz qui engendre des coûts de fonctionnement énormes ». Le candidat veut aussi rapprocher les classes préparatoires, les BTS et les universités « pour construire un vrai service public d’enseignement supérieur ».

Manuel Valls est lui-aussi critique sur la LRU et prône « une gouvernance autonome par rapport au ministère, avec des contre-pouvoirs démocratiques » dans les universités. Il est plus nuancé sur le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (le PRES), qui « du fait de sa flexibilité, apparaît […] comme un outil relativement pertinent ».  Le candidat milite pour un « profond renouvellement des sources de financement », avec les collectivités locales et les entreprises en fers de lance, dans la mesure où le « niveau de notre dette nous impose de consacrer chaque rentrée d’argent à son remboursement ». Sur l’augmentation des frais de scolarité, il est parmi les socialistes celui qui va le plus loin, quoiqu’en termes particulièrement mesurés : « augmentons sensiblement les bourses de l’enseignement supérieur pour assurer un financement adéquat aux étudiants fragilisés. Ensuite, si – et seulement si – les conditions sont réunies pour préserver ceux qui ont le moins, une augmentation équilibrée des droits d’inscription pourra être envisagée. »

Jean-Michel Baylet veut lui-aussi redéployer le Crédit impôt recherche et dégager « environ 2 milliards annuels en faveur de pôles mondiaux d’excellence ». Pour lui, « il faudra faire appel aux crédits régionaux pour les investissements, et sans doute pour financer un certain nombre de formations, notamment des formations professionnelles courtes », mais également pour la question du logement étudiant. Mais c’est surtout la formation des enseignants qui est au cœur de ses préoccupations et, précise-t-il, « pour les radicaux, primordiale ». Le candidat du PRG propose également de « relever les frais d’inscription, en tenant compte de la situation familiale et en donnant une allocation d’autonomie aux étudiants ».

Par ordre de retour, les réponses de Manuel Valls, de Jean-Michel Baylet, d’Arnaud Montebourg, de Martine Aubry et de François Hollande.


Invité ce matin à ouvrir un colloque sur l’université organisée par l’Institut Montaigne à Paris 2, le Président de la République a vanté sa loi sur l’université et dressé quelques pistes de réformes à venir, au lendemain de la nouvelle défaite électorale subie par le parti majoritaire aux sénatoriales.

« Je ne crois pas, je ne crois plus aux grandes réformes définitives et blo­quées », a expliqué M. Sarkozy, qui milite aujourd’hui « pour un sys­tème uni­ver­si­taire qui se réfor­me­rait en continu : chaque année, le gou­ver­ne­ment pour­rait pré­sen­ter un texte, pas for­cé­ment défi­ni­tif, pas forcément systémique mais un véhi­cule légis­la­tif qui per­met­trait, après consul­ta­tion avec le monde uni­ver­si­taire, de voir sur quoi on pour­rait faire bouger les choses ».

Le Président a cité en exemple la gouvernance des universités pour laquelle « on n’a pas osé aller assez loin le première fois ». Le vote des personnalités extérieures, qui n’est pas été prévu dans la loi Pécresse est  notamment « l’un des domaines où on peut réfléchir tranquillement ».

L’avenir, a également précisé le chef de l’État, « c’est que vous diversifiez vos sources de financement » à travers des programmes de recherche avec  les entreprises ou les fondations. Mais, a martelé Nicolas Sarkozy dans une phrase sibylline, « ce serait une très mau­vaise idée que toutes les uni­ver­si­tés décident d’augmenter leurs droits d’inscription. » Une pierre dans le jardin des socialistes où le question fait débat…

Dans le passé, a encore précisé M. Sarkozy, « ça a été une erreur d’augmenter les moyens des lycées qui perdaient des lycéens et de baisser ceux de l’université qui gagnait des étudiants ». « Au nom de l’égalité, ou plutôt de l’égalitarisme, nous refusions l’excellence, nous refusions la concurrence, nous refusions la compétition. Ce fut le grand mensonge d’une génération. »

Presque cinq ans, jour pour pour jour après la convention de l’UMP sur l’enseignement supérieur et la recherche qui a véritablement lancé la dernière présidentielle, le (futur) candidat Sarkozy a posé ce matin les jalons d’un nouveau programme quinquennal sur l’université. Son discours était sans doute moins fougueux qu’en 2006 mais il lui permettait de fourbir ses arguments de campagne : « Si nous réus­sis­sons à faire évoluer l’Université », a-t-il conclu, « nous aurons réussi à moder­ni­ser la France. »


Et revoici le temps des Idex, les «Initiatives d’excellence» du grand emprunt, dotées au total de plus de sept milliards d’euros et destinées à façonner les universités de demain… Ou en tous cas des rares bénéficiaires de ces appels à propositions ultra-sélectifs.

Lors du premier round, dix-sept candidats avaient postulé, sept seulement avaient passé le cap des présélections et trois avaient été récompensés : le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) de Bordeaux, l’université de Strasbourg et le PRES Paris Sciences et Lettres (qui regroupe notamment l’ENS, le Collège de France et Dauphine).

Que retenir des présélections 2011 qui viennent d’être annoncées ? D’abord que le nombre de candidature est sensiblement le même : quinze cette année. Les présélections auront lieu en novembre pour un choix final en février 2012.

Les quatre grand perdants de 2010 sont, comme prévus, qualifiés d’office (Lyon/St Etienne, Grenoble, Toulouse et Sorbonne Universités, qui regroupe Paris 2, Paris 4 et Paris 6).

Tous les candidats de 2010 se sont par ailleurs relancés dans la compétition, certains avec un nouveau périmètre (recentré sur Lille pour le PRES «Nord de France», sans Montpellier 3 pour «Sud de France»…) et d’autres sous un nouveau nom («Hautes Études-Sorbonne-Arts et Métiers» se rebaptise ainsi « Paris Novi Mundi Université »).

Seule vraie surprise : l’arrivée d’un petit nouveau, qui se met sur les rangs à Paris : un certain «CITIF 2440» avec un projet intitulé «Cité intelligente du futur 2440» derrière lequel se trouve… Paris 10, la seule université parisienne sans PRES. A cette rare exception près, les happy few de «l’excellence» universitaire restent décidément entre eux…